Nieves Cubo Mateo, Universidad Nebrija
Au cours de la dernière décennie, l’impression 3D est passée du statut d’idée futuriste à celui d’outil révolutionnaire. En médecine, sa capacité à produire des structures complexes sur mesure modifie la manière dont les médecins traitent les blessures et les maladies, en particulier lorsqu’il s’agit de reconstruire des os et d’autres tissus corporels.
La fabrication additive (nom technique de l’impression 3D) permet de créer des objets à partir d’un modèle numérique, en les construisant couche par couche. En médecine, cette technologie est utilisée pour fabriquer des objets inertes tels que des implants et des prothèses, mais elle peut également créer des tissus vivants qui aident le corps à se réparer.
Ce nouveau développement passionnant, connu sous le nom de ‘bioprinting’ ou ‘bio-impression’, utilise de minuscules structures (appelées échafaudages) dans lesquelles sont incorporées les cellules du patient pour guider la croissance de nouveaux tissus. La structure imprimée est ainsi plus compatible avec l’organisme et réduit le risque de rejet. Elle permet également aux nouveaux tissus de cicatriser plus rapidement et d’agir plus efficacement.
À l’avenir, cette technologie pourrait même être utilisée pour imprimer des organes complets en vue d’une transplantation, ce qui contribuerait à résoudre la pénurie mondiale d’organes de donneurs.
Les efforts pionniers de l’Europe
La cicatrisation de défauts osseux importants ou complexes est l’un des défis les plus difficiles à relever en chirurgie. Qu’elles soient dues à des accidents, à des opérations contre le cancer ou à des conditions congénitales, ces malformations ne guérissent souvent pas bien avec les greffes osseuses traditionnelles. L’un des principaux problèmes est que l’organisme a du mal à faire pousser de nouveaux vaisseaux sanguins à l’intérieur de la greffe, ce qui est essentiel pour une bonne cicatrisation.
Les chercheurs européens sont actuellement à la pointe du développement d’une nouvelle technologie innovante et révolutionnaire pour s’attaquer à ce problème, avec des initiatives réparties sur tout le continent.
Des chercheurs de l’Institut de bio-ingénierie de Catalogne (IBEC) ont créé des échafaudages imprimés en 3D à partir d’acide polylactique et de phosphate de calcium qui favorisent la croissance osseuse et la formation de vaisseaux sanguins. Ces échafaudages ont donné de bons résultats en laboratoire et chez l’animal, en favorisant la croissance des cellules souches et en libérant des facteurs de croissance, ce qui a permis d’attirer les vaisseaux sanguins dans la zone de cicatrisation.
À l’université de Bergen, le groupe d’ingénierie tissulaire travaille sur deux grands projets qui utilisent les cellules souches du patient pour imprimer des prothèses osseuses. Ces constructions personnalisées sont conçues pour s’adapter parfaitement, réduire les risques de rejet et améliorer le rétablissement du patient.
Le projet Smart Bone Regeneration (SBR), financé par l’UE, développe des implants intelligents pour une restauration osseuse rapide à l’aide de polymères de qualité médicale. La conception intègre également des capteurs pour surveiller la performance de l’implant, fournissant des données en temps réel sur la croissance osseuse et les complications potentielles. Des études in vivo sur de grands modèles animaux sont actuellement en cours pour valider cette approche.
Le Centre de recherche translationnelle sur les os, les articulations et les tissus mous, à Dresde, travaille sur des matériaux imprimés en 3D qui favorisent la cicatrisation osseuse, avec des matériaux propres aux patients qui favorisent la croissance des cellules osseuses. Ils combinent également du ciment osseux avec des gels mous remplis de cellules vivantes pour créer des implants solides et personnalisés. Leur objectif est de fabriquer des implants osseux qui fonctionnent bien dans le corps, rapprochant ainsi ces traitements imprimés en 3D d’une utilisation réelle dans les hôpitaux, voire dans l’espace.
Un autre exemple passionnant est celui de la société BellaSeno, qui travaille en partenariat avec l’Institut Julius Wolff de l’hôpital de la Charité à Berlin. Elle crée des échafaudages osseux imprimés en 3D qui peuvent soutenir et guider la croissance de nouveaux os. Leur système sur mesure utilise un processus d’impression précis et à grande vitesse qui répond aux normes internationales de fabrication médicale (ISO 13485). Ces implants sont actuellement évalués en vue d’une utilisation clinique, offrant ainsi un espoir aux patients souffrant de défauts osseux importants.
De telles collaborations entre institutions académiques et entreprises privées sont essentielles. Elles permettent d’accélérer le processus de transformation des découvertes de la recherche en traitements réels disponibles dans les hôpitaux. Ces partenariats garantissent également que la sécurité, la qualité et l’efficacité restent une priorité à chaque étape du développement.
Surmonter les défis
L’utilisation de l’impression 3D en médecine passe rapidement des laboratoires de recherche à une utilisation clinique réelle. Les cas européens mentionnés ci-dessus montrent comment cette technologie aide déjà les patients à guérir mieux et plus vite. Ils ouvrent également la voie à une nouvelle ère de médecine personnalisée et régénérative.
Cependant, il reste encore quelques obstacles à franchir. Les implants imprimés doivent rester solides et sûrs dans le temps, c’est pourquoi les études à long terme et les essais sur les patients sont essentiels. Ces études aident les chercheurs à comprendre comment les matériaux se comportent dans le corps au fil des ans. Les nouveaux outils médicaux doivent également répondre à des règles de sécurité strictes, ce qui prend du temps, mais contribue à protéger les patients et à instaurer la confiance.
Les progrès dépendront d’un travail d’équipe étroit entre les scientifiques, les médecins, les ingénieurs et les autorités de réglementation. Au fur et à mesure que la recherche et les essais progressent, l’impression 3D devrait devenir un élément courant de la chirurgie. Les implants personnalisés à base de cellules pourraient bientôt constituer une option standard pour la réparation des os et des tissus, ce qui nous rapproche d’un avenir où les traitements seront plus sûrs, plus rapides et faits sur mesure.
Nieves Cubo Mateo, chercheuse principale au centre de recherche ARIES, directrice du diplôme en ingénierie biomédicale de l’université de Nebrija
Cet article est republié de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l’article original