Les granulés de caoutchouc issus des terrains de football synthétiques seront progressivement éliminés, mais que faire des milliers de tonnes de microplastiques restants ? Des recherches menées à l’NTNU montrent qu’ils peuvent être utilisés dans la production de béton, offrant ainsi une solution innovante à un problème environnemental majeur.
Les granulés noirs qui jaillissent des terrains de gazon synthétique sont familiers à beaucoup. Leur gestion est complexe : ils adhèrent aux vêtements, sont emportés par les eaux pluviales et ramassés avec la neige. Ces granulés contribuent significativement à la pollution par les microplastiques en Norvège, avec une perte annuelle estimée à près de 6000 tonnes, soit environ un tiers de la pollution totale par les microplastiques dans le pays.
Face à ce constat, l’Union européenne a voté l’interdiction de la vente de ces granulés de caoutchouc en avril dernier, avec une période de transition de huit ans pour remplacer les terrains concernés. La question se pose alors : comment gérer ces milliers de tonnes de déchets difficiles à recycler de manière écologiquement responsable ?
Le béton, un matériau au cœur de la construction
Le béton est la substance la plus utilisée au monde après l’eau. Mohammad H. Baghban, professeur associé à la NTNU, spécialiste en technologie du béton, propose une solution potentielle à ce défi environnemental.
« L’industrie de la construction, responsable d’environ 40 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, génère de grands volumes de déchets et porte souvent atteinte à la nature. Les matériaux de construction que nous utilisons et leur mode de production sont donc cruciaux pour l’impact climatique et environnemental », affirme Mohammad H. Baghban.
Les granulés de caoutchouc pourraient remplacer le sable et la pierre dans le béton, réduisant ainsi les atteintes à la nature liées à leur extraction. Baghban et son équipe ont étudié l’effet de l’ajout de ces granulés au béton, et les résultats indiquent une situation gagnant-gagnant.

Des bénéfices pour le béton et l’environnement
« C’est une manière de réutiliser un type de déchet difficile à recycler et cela fournit aux fabricants de béton un agrégat facilement accessible et peu coûteux », explique Mohammad H. Baghban. L’agrégat constitue jusqu’à deux tiers du produit fini et l’utilisation de granulés de caoutchouc pourrait donc avoir un impact significatif sur les bilans climatiques et environnementaux mondiaux.
Le remplacement d’une partie du sable naturel, une ressource non renouvelable dont certaines régions du monde commencent à manquer, par des granulés de caoutchouc est une nouvelle encourageante pour l’environnement. De plus, ces granulés sont principalement issus de pneus de voiture usagés, une ressource abondante.
Performance et durabilité du béton renforcé
La résistance n’est pas la seule qualité recherchée dans le béton. « Il est également évalué sur des critères tels que les classes d’exposition et de durabilité », précise Mohammad H. Baghban. Pour des applications telles que les pavés ou les bordures, le béton avec granulés de caoutchouc pourrait présenter des résultats avantageux, sans impacter négativement sa résistance.
Des sous-produits d’autres industries, tels que les laitiers et les cendres volantes, peuvent également renforcer la résistance du béton. « Ces types de déchets, qui pourraient autrement coûter cher à éliminer, peuvent, comme les granulés de caoutchouc, être valorisés dans des structures en béton », ajoute Mohammad H. Baghban.
Une application concrète à l’horizon
Le Professeur envisage l’utilisation des granulés de caoutchouc comme agrégat dans le béton dans un avenir proche.
«Il reste à faire approuver les granulés de caoutchouc comme agrégat utilisable dans le béton. Pour certaines applications, comme le béton de construction, le processus d’approbation peut être long. Cependant, pour la production de pavés et de bordures, l’approbation est plus aisée», conclut-il.
Légende illustration : « L’ajout de granulés de caoutchouc au béton peut présenter des avantages évidents pour le béton, l’environnement et le climat », explique Mohammad H. Baghban de la NTNU à Gjøvik. Photo : Mads Wang-Svendsen
Article traduit et adapté du contenu de l’auteur : Mads Wang-Svendsen
Baghban, M. H., Mhaya, A. M., Faridmehr, I., & Ghasan, F. H. (2022). Carbonation Depth and Chloride Ion Penetration Properties of Rubberised Concrete Incorporated Ground Blast Furnace Slag. In Solid State Phenomena (Vol. 329, pp. 101–108). DOI: https://doi.org/10.4028/p-ag9ej7