La lutte contre le commerce illégal de l’ivoire d’éléphant est un enjeu majeur pour la préservation de cette espèce menacée. Les scientifiques des universités de Bristol et de Lancaster ont développé une nouvelle méthode basée sur la spectroscopie Raman, qui pourrait permettre aux douanes du monde entier de distinguer rapidement l’ivoire d’éléphant illégal de l’ivoire de défense de mammouth légal.
Malgré l’interdiction du commerce international de l’ivoire par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), le braconnage lié à son commerce illégal n’a pas empêché la souffrance des éléphants. On estime que ce trafic est responsable d’une perte de 8% de la population mondiale d’éléphants chaque année. Selon le recensement de la base de données sur les éléphants d’Afrique de 2016, il ne resterait plus que 410 000 éléphants sur le continent, soit une diminution d’environ 90 000 individus par rapport au rapport précédent de 2013.
Si le commerce de l’ivoire d’éléphant est illégal, il n’est pas interdit de vendre de l’ivoire provenant d’espèces éteintes, comme les défenses de mammouth conservées. Cette source légale d’ivoire fait désormais partie d’une industrie lucrative et en pleine expansion, celle des «chasseurs de mammouths». Cela pose également un problème de temps et d’application pour les équipes douanières, car l’ivoire de ces deux types de défenses est globalement similaire, ce qui rend difficile la distinction entre les deux, surtout une fois que les spécimens ont été travaillés ou sculptés.

La spectroscopie Raman, une méthode pour distinguer les ivoires
Dans cette nouvelle étude, des scientifiques de l’École d’anatomie de Bristol et de la Lancaster Medical School ont cherché à établir si la spectroscopie Raman, déjà utilisée dans l’étude de la chimie des os et des minéraux, pouvait être modifiée pour détecter avec précision les différences de composition chimique entre l’ivoire de mammouth et d’éléphant.
Les chercheurs ont scanné des échantillons de défenses de mammouth et d’éléphant provenant du Natural History Museum de Londres à l’aide de la méthode basée sur le laser, la spectroscopie Raman. Les résultats de l’expérience ont montré que cette technologie permettait une identification précise, rapide et non destructive des espèces.

Comme l’explique le Dr Rebecca Shepherd, anciennement de la Lancaster Medical School et maintenant à l’École d’anatomie de l’Université de Bristol :
«La méthode d’identification de référence recommandée par l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime pour évaluer la légalité de l’ivoire est principalement coûteuse, destructrice et chronophage. La spectroscopie Raman peut fournir des résultats rapidement (un seul scan ne prend que quelques minutes) et est plus facile à utiliser que les méthodes actuelles, ce qui facilite la distinction entre l’ivoire d’éléphant illégal et l’ivoire de défense de mammouth légal. Une surveillance et un contrôle accrus des échantillons passant par les douanes du monde entier à l’aide de la spectroscopie Raman pourraient dissuader les braconniers de s’en prendre aux espèces d’éléphants en danger et en danger critique d’extinction.»
Une méthode prometteuse pour lutter contre le trafic d’ivoire
Le Dr Jemma Kerns de la Lancaster Medical School ajoute :
«L’approche combinée d’une méthode laser non destructive de spectroscopie Raman avec une analyse de données avancée est très prometteuse pour l’identification d’échantillons d’ivoire inconnus, ce qui est particulièrement important, étant donné l’augmentation des défenses de mammouth disponibles et la nécessité d’une identification rapide.»
Pour le professeur Adrian Lister, l’un des coauteurs de l’étude du Natural History Museum :
«L’arrêt du commerce de l’ivoire d’éléphant a été compromis par des objets en ivoire illégaux décrits ou déguisés en ivoire de mammouth (dont le commerce est légal). Une méthode rapide et fiable pour distinguer les deux a longtemps été un objectif, car les autres méthodes (comme la datation au radiocarbone et l’analyse de l’ADN) prennent du temps et sont coûteuses. La démonstration que les deux peuvent être séparés par spectroscopie Raman est donc une avancée significative ; de plus, cette méthode (contrairement aux autres) ne nécessite aucun prélèvement, laissant l’objet en ivoire intact.»

Légende illustration : Le Dr Rebecca Shepherd avec des échantillons d’ivoire de mammouth provenant du musée d’histoire naturelle. À l’arrière-plan, on peut voir le spectromètre Raman de table. Crédit : Dr Rebecca Shepherd
Cette étude, financée par l’Engineering and Physical Sciences Research Council (EPSRC), a impliqué des chercheurs des universités de Lancaster et de Birmingham ainsi que du Natural History Museum. Elle ouvre de nouvelles perspectives dans la lutte contre le commerce illégal de l’ivoire et la préservation des éléphants, une espèce menacée.