Le "spéculateur" est celui qui achète des contrats de livraison de pétrole à terme,les Futures, en pariant à la hausse et les revend avant leur échéance et sans jamais en prendre livraison physiquement. Le volume traité dans ces marchés spot est sans commune mesure avec les volumes physiques qui approvisionnent les raffineries et qui eux font l’objet de contrat d’approvisionnement à long terme. Ils influencent néanmoins le marché en ce qu’il reflètent les anticipations d’excédent ou de pénurie physique du pétrole ou des matières premières sur le marché. L’impact de ces anticipations se retrouvant finalement sur les comportements de stockage ou de destockage physique des raffineurs.
Pour qu’il y ait vente ou achat de contrat à terme, il faut qu’il y ait divergence d’opinion sur l’évolution du marché entre le vendeur, qui croit à une baisse ou à la stabilisation de son produit, et l’acheteur, qui, lui croit à la hausse du même produit. De la confrontation de ces opinions dans le temps nait le prix d’équilibre à l’instant T. D’où donc nait cette divergence d’opinion sur l’évolution des prix ? D’une situation très controversée sur l’évolution des volumes disponibles, entre des capacités de production très proche de leur maximum,un demande en hausse constante du fait de la croissance économique du monde tirée par les pays émergents, la faiblesse du dollar et des incidents techniques, sociaux ou politiques dans les pays producteurs qui peuvent brutalement affecter leur production. Tout cela en fait un marché particulièrement volatil.
Spéculer sur le prix des produits est un jeu très risqué en fonction des volumes et de la volatilité des prix. Parier à la baisse quand le marché monte peut être mortel pour celui qui s’y risque. D’ailleurs chaque choc pétrolier d’un passé récent s’est traduit par quelques cadavres chez les traders. Il faut donc que les investisseurs/spéculateurs croient fermement dans des fondamentaux d’un l’approvisionnement pétrolier mondial négatifs pour qu’une spirale haussière comme celle que nous vivons puisse produire et tenir aussi longtemps.
En d’autres termes personne ne croit, pour l’instant, à un rééquilibrage rapide de la demande et de l’offre.
Autre élément intéressant concernant les dits spéculateurs. Ce sont… nous mêmes par l’intermédiaire de nos fonds de placement ou de pension qui sont venus se placer sur le marché des matières premières en général devant la baisse des bourses mondiales. C’est ainsi que les positions sur les marchés de matières premières sont passés entre 2003 et 2008 de 13 à 260 milliards de dollars. Au train où les marchés boursiers continuent à décliner, gageons que ces fonds ne sont pas près de quitter les matières premières et revenir sur les marchés actions! Signalons que sortir (partiellement) d’un marché en difficulté pour se placer dans un marché à perspective positive n’est, pour ces fonds, que de la bonne gestion
La chambre des représentants américaine vient de décider néanmoins de partir à la chasse à ces "spéculateurs" en donnant des pouvoirs d’exception au bras armé du législateur dans ce domaine, la Commodity Futures Trading Commission, CFTC. Ses interventions peuvent aller de la hausse (forte) des dépôts de garantie pour toute transaction, à la liquidation autoritaire des positions ouvertes voire à la suspension des cotations. On pourrait même imaginer qu’il pourrait être interdit aux opérateurs incapables de prendre livraison physiquement du produit, les fonds de pension en particulier, de participer à ces marchés à terme. C’est dire que le Congrès américain a en tous cas donné les pleins pouvoirs à la CFTC pour arrêter par tous les moyens une spéculation éventuelle.
L’avenir nous dira si ce sont ces spéculateurs qui sont responsable de la montée des prix ou bien si ce sont les fondamentaux de l’approvisionnement pétrolier mondial. Espérons pour l’économie mondiale qu’il ne s’agit que de spéculation et regrettons qu’une action règlementaire comme celle çi n’ait pas été prise plus tôt.
[ Archive ] – Cet article a été écrit par CaDerange