Le PDG de Stockholm Exergi, Anders Egelrud, l’a souligné avec enthousiasme : « Nous devenons ainsi le leader mondial du secteur de l’élimination permanente. » Ces mots résonnent comme une déclaration audacieuse mais mesurée pour une entreprise qui ambitionne de marquer durablement la lutte contre le changement climatique. Après des années de recherche et développement, Stockholm Exergi franchit un cap décisif en lançant un projet de captage et de stockage du carbone (CSC) à partir de biomasse. Cette initiative pourrait contribuer à repenser les standards internationaux dans la gestion des émissions de dioxyde de carbone.
Cette décision d’investissement repose sur un modèle économique hybride combinant des subventions publiques et des achats privés de certificats d’émissions négatives. Les entreprises engagées dans des objectifs climatiques ambitieux ont joué un rôle clé en soutenant financièrement leur démarche. L’installation, située dans le port voisin de Värtaverket à Stockholm, devrait atteindre une capacité impressionnante : capter et stocker 800 000 tonnes de CO₂ par an. Pour mieux comprendre l’ampleur de cette performance, il suffit de comparer ce chiffre aux émissions annuelles générées par le trafic routier de Stockholm, qu’elle dépasse largement.
La technologie utilisée par Stockholm Exergi n’est pas une nouveauté absolue. Depuis les années 1970, des procédés similaires sont employés pour capturer le dioxyde de carbone. Dès 2019, l’entreprise a mis en service une installation pilote afin de valider leurs approches techniques. Ce qui distingue toutefois leur méthode, c’est la rigueur avec laquelle le dioxyde de carbone est confiné. Le CO₂ capté sera injecté dans la roche mère sous-marine où, au fil du temps, il se minéralise naturellement. Ce processus garantit un stockage permanent, minimisant ainsi les risques de fuite ou de rejet accidentel.
Un projet nourri par des années de collaboration
L’importance de cette initiative dépasse largement son aspect technique. Elle symbolise aussi l’aboutissement d’une longue période de travail collectif. Carlo Maddalena, directeur principal chez APG et président d’Ankhiale, a salué cet effort conjoint et met en avant non seulement l’innovation technologique, mais aussi la solidité des alliances bâties autour du projet : « Cette décision d’investissement est une étape importante qui reflète des années de dévouement, de persévérance et de collaboration. »
Emilia Bjuggren, présidente de Stockholms Stadshus AB, partage cette vision stratégique et sa déclaration traduit une volonté politique forte, appuyée par des acteurs économiques désireux d’accélérer la transition écologique. Elle rappelle que Stockholm demeure pionnière dans l’action climatique, autant localement qu’à l’échelle internationale. « Outre la réduction des émissions, le bio-CSC sera un élément essentiel pour atteindre l’objectif de rendre Stockholm une zone climatiquement positive d’ici 2030. Nous devons accélérer la transition et nous sommes déterminés à le faire », affirme-t-elle.
Une chaîne logistique exemplaire grâce à Northern Lights
Pour garantir le transport et le stockage du CO₂, Stockholm Exergi s’est associé à Northern Lights, un consortium spécialisé dans ces opérations complexes. Ce partenariat permettra à Northern Lights d’amplifier sa capacité logistique, posant les bases d’une industrie émergente centrée sur les émissions négatives. À plus long terme, cela pourrait positionner les pays nordiques et l’Europe comme des leaders mondiaux dans ce domaine particulier.
Le choix de Northern Lights illustre parfaitement la synergie entre innovation technologique et infrastructure adaptée. En mutualisant leurs compétences, ces deux entités créent un modèle reproductible, capable d’inspirer d’autres régions ou industries. Une telle coopération n’est pas sans rappeler la manière dont certains territoires ont su tirer parti de leurs ressources naturelles pour développer des solutions durables.
Vers une neutralité carbone renforcée
L’initiative de Stockholm Exergi intervient à un moment charnière. En effet, les efforts mondiaux pour limiter le réchauffement climatique exigent désormais des actions concrètes et mesurables. Le captage et le stockage du carbone à grande échelle représentent une option complémentaire aux stratégies traditionnelles de réduction des émissions. Plutôt que de se contenter de compenser les excès, l’approche adoptée ici vise à retirer physiquement le CO₂ de l’atmosphère, contribuant ainsi à inverser partiellement les effets des activités humaines passées.
Au-delà des retombées environnementales immédiates, ce projet incarne également une transformation sociétale profonde. Les infrastructures existantes, comme celles de Värtaverket, continuent de produire chaleur et électricité tout en intégrant des technologies modernes. Cette dualité – préserver l’héritage tout en embrassant l’avenir – témoigne d’un équilibre difficile mais nécessaire.
Lexique
- Bio-CSC : Abréviation de « captage et stockage du carbone à partir de biomasse », une méthode permettant de réduire durablement les émissions de dioxyde de carbone.
- Captage du CO₂ : Procédé technique visant à extraire le dioxyde de carbone de l’atmosphère ou des processus industriels.
- Stockage permanent : Méthode consistant à confiner le CO₂ capté dans des formations géologiques profondes pour éviter sa libération.
- Émissions négatives : Réduction nette des concentrations de dioxyde de carbone dans l’atmosphère grâce à des technologies comme le bio-CSC.
- Northern Lights : Consortium spécialisé dans le transport et le stockage sécurisé de CO₂ sous-marin.
- Värtaverket : Centrale thermique située à Stockholm, qui sert de site pour l’installation du projet de captage du CO₂.
- Minéralisation : Processus naturel par lequel le CO₂ injecté dans la roche mère se transforme en minéraux stables.
- Certificats d’émissions négatives : Titres financiers achetés par des entreprises pour compenser leurs émissions de gaz à effet de serre.
- Zone climatiquement positive : Objectif ambitieux visant à rendre une région non seulement neutre en carbone, mais également bénéfique pour le climat.
- Transition écologique : Passage d’une économie basée sur les énergies fossiles à un modèle respectueux de l’environnement et durable.
Source : CP/ Stockholm Exergi