Des scientifiques britanniques s’apprêtent à construire le plus grand détecteur de matière noire au monde. Ce projet ambitieux, dix fois plus imposant que son prédécesseur, vise à élucider l’un des plus grands mystères de l’Univers. Le détecteur, utilisant 100 tonnes de xénon liquide, sera installé dans une mine profonde du Yorkshire. Cette technologie de pointe promet de détecter les interactions subtiles entre la matière noire et notre monde visible.
La matière noire, substance invisible qui constituerait plus de 85% de l’Univers, intrigue les scientifiques depuis des décennies. Pour percer ses secrets, un consortium d’universités britanniques s’est lancé dans la conception d’un détecteur hors norme.
Le projet, soutenu par un financement de 8 millions de livres sterling du UK Research and Innovation (UKRI), réunit des experts de plusieurs institutions, dont l’Université de Sheffield. Leur objectif : développer les composants et l’infrastructure nécessaires à la création de cet instrument novateur.
Une technologie de pointe au cœur de la Terre
Le futur détecteur sera installé dans les profondeurs de la mine de Boulby, dans le Yorkshire du Nord. Il s’agira d’un immense «thermos» souterrain contenant jusqu’à 100 tonnes de xénon liquide. Les scientifiques pensent que cette substance réagira subtilement au passage de la matière noire à travers la Terre.
Le professeur Dan Tovey, de l’Université de Sheffield, explique le principe de fonctionnement : «De minuscules flashs de lumière, mais détectables, seront générés comme preuve de la présence de particules de matière noire et enregistrés pour que les scientifiques les analysent.»
L’équipe de l’Université de Sheffield a annoncé jouer un rôle majeur dans le développement de composants majeurs du détecteur et de l’infrastructure informatique associée. Elle travaillera également à impliquer l’industrie locale, régionale et nationale dans la construction de l’expérience dans des conditions difficiles en profondeur. Un aspect innovant du projet est la création d’un programme d’apprentissage sur mesure. En collaboration avec l’Advanced Manufacturing Research Centre Training Centre de l’université, il formera les techniciens et ingénieurs nécessaires à l’assemblage de l’expérience.
Le professeur Tovey a souligné l’importance de cette initiative pour la région : «C’est une formidable opportunité pour Sheffield de contribuer à une recherche internationale de premier plan qui pourrait révéler la nature de la majeure partie de la matière qui nous entoure. La cerise sur le gâteau est que les résultats époustouflants, qui pourraient transformer notre compréhension de l’univers, pourraient être générés ici même sous nos pieds dans le Yorkshire.»
Un effort international pour une découverte majeure
Ce projet s’inscrit dans le cadre du consortium international Xenon LUX-ZEPLIN Darwin (XLZD), qui vise à construire une expérience définitive pour détecter la matière noire et explorer ses propriétés et son origine.
Le professeur Sean Paling, directeur du laboratoire souterrain de Boulby, a commenté l’importance de cette collaboration : «Découvrir, ou même être en mesure d’exclure l’existence de la matière noire, représenterait un énorme bond en avant pour la science et transformerait notre compréhension du cosmos.»
Au-delà de la quête de la matière noire, ce détecteur géant pourrait apporter des réponses à d’autres questions fondamentales sur la composition de l’Univers. Les scientifiques espèrent que les données recueillies permettront de mieux comprendre la structure et l’évolution de notre cosmos.
Le projet implique une collaboration entre de nombreuses institutions britanniques. Voici les principales universités impliquées :
- Université de Birmingham
- Université de Bristol
- Université d’Édimbourg
- Imperial College London
- Université d’Oxford
Cette synergie de compétences laisse présager des avancées significatives dans les années à venir.
Les défis techniques du projet
La construction d’un détecteur de cette envergure présente de nombreux défis techniques. Parmi les principaux aspects à considérer :
- La purification et le maintien du xénon liquide à très basse température
- La conception de photodétecteurs ultra-sensibles pour capter les faibles signaux lumineux
- La protection contre les rayonnements cosmiques et la radioactivité naturelle
- Le traitement et l’analyse d’énormes quantités de données
Chacun de ces défis nécessite des innovations technologiques qui pourraient avoir des applications bien au-delà de la physique des particules.
La construction de ce détecteur géant représente une étape importante dans la recherche sur la matière noire. Si le projet aboutit, il pourrait non seulement confirmer ou infirmer l’existence de cette mystérieuse substance, mais aussi ouvrir de nouvelles perspectives sur la nature même de notre Univers.
Le professeur Paling a conclu avec optimisme : «L’expérience XLZD est clairement la prochaine étape pour la recherche sur la matière noire et sera également un instrument important pour comprendre des questions fondamentales plus larges sur le contenu de notre Univers. Je suis ravi que Boulby, Imperial et toutes les institutions britanniques contributrices jouent ce rôle clé pour en faire une réalité.»
Alors que les scientifiques s’apprêtent à plonger au cœur de la matière, une chose est sûre : les résultats de cette expérience, quelle qu’en soit l’issue, marqueront un tournant dans notre compréhension du cosmos.
Source : U. Sheffield
Légende illustration: Concept de la caverne d’expérimentation. Crédit : Liam Cooper, Département de la technologie de la STFC.